Caution en location saisonnière sans état des lieux, peut-on la retenir et comment la récupérer ?

Réglementations15/05/26Thomas Botros8 min
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Caution en location saisonnière sans état des lieux, peut-on la retenir et comment la récupérer ?

Sans état des lieux, un propriétaire peut encaisser un chèque ou conserver une somme versée au titre du dépôt de garantie, mais il ne peut pas la garder « par principe ». Pour être opposable, toute retenue doit rester justifiée (devis, factures, photos, constat) et proportionnée à des dégradations ou impayés imputables au locataire. Votre levier, en pratique, consiste à reconstruire la preuve (entrée et sortie) et à formaliser votre demande par écrit, dans un ordre d'actions cohérent.

De quoi parle-t-on exactement : « caution » ou dépôt de garantie ?

En langage courant, on parle de « caution ». Juridiquement, il est plus juste de parler de dépôt de garantie : une somme versée pour couvrir, si besoin, des sommes dues après le séjour. Ne pas confondre avec les arrhes et l'acompte : les arrhes obéissent à un régime spécifique en cas d'annulation (article 1590 du Code civil), alors que le dépôt de garantie vise la fin de séjour et les éventuelles retenues.

En location saisonnière, le dépôt de garantie sert classiquement à couvrir des dégradations, des manquants à l'inventaire et des impayés liés au séjour (ménage, linge, taxe de séjour). Le cadre est largement contractuel : la location saisonnière relève de la liberté contractuelle (article 1713 et articles 1713 et suivants du Code civil, ainsi que les articles L324-1 et suivants du Code du tourisme). Recommandation opérationnelle : relisez d'abord la clause « dépôt de garantie » du contrat, car c'est elle qui fixe les règles de restitution et de contestation.

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Le propriétaire peut-il retenir ou encaisser sans état des lieux ?

Oui, il peut y avoir encaissement ou retenue technique, mais cela ne signifie pas que la somme est acquise au propriétaire. L'état des lieux n'étant pas obligatoire en saisonnier, l'absence d'état des lieux d'entrée ne rend pas automatiquement toute retenue illégitime. En revanche, elle active un point de droit très utile : en l'absence d'état des lieux d'entrée, le locataire est présumé avoir reçu le logement en bon état (article 1731 du Code civil). Ce mécanisme n'empêche pas une retenue, mais impose que le débat porte sur des dommages précis, attribuables et chiffrés.

Il faut également distinguer encaissement et retenue. Un chèque de dépôt de garantie peut être encaissé, mais la somme doit être restituée s'il n'existe pas de dommages imputables au locataire ou de sommes dues. En pratique, exigez un décompte écrit si une retenue est annoncée : sans justificatifs, la retenue est fragilisée.

Que doit prévoir le contrat pour que le dépôt de garantie soit opposable ?

Pour être correctement opposable, le dépôt de garantie doit être mentionné expressément dans le contrat : montant, modalités de versement (chèque, virement, empreinte de carte bancaire), conditions de retenue et modalités de restitution. Une clause solide précise les cas de retenue (dégradations, ménage, impayés), les preuves attendues (photos, devis, factures, constat) et un circuit de contestation.

Point de vigilance : vous rencontrerez parfois une mention selon laquelle le dépôt de garantie « ne doit pas dépasser le montant du loyer ». Traitez-la comme une règle pratique figurant dans certains contrats ou sources, et vérifiez ce qui est réellement écrit et applicable à votre situation. Recommandation : si la clause est floue (forfaits, absence de justificatifs, délais inexistants), c'est une faiblesse que vous pouvez exploiter en demandant des pièces poste par poste.

Montants et délais : repères réalistes en saisonnier

Les usages observés situent souvent le dépôt de garantie entre 20 % et 30 % du montant total de la location (hors prestations annexes), avec un repère fréquent autour de 20 % et un dépôt qui excède rarement 25 %. Il n'existe pas de plafonnement légal général en saisonnier, contrairement à la location longue durée. Cas particulier à connaître : lorsque le bailleur est un professionnel, une référence à un plafond de 25 % est citée via l'article 68 du décret du 20 juillet 1972, à repérer dans le contrat et la facturation.

Côté restitution, il n'y a pas de délai légal « type bail classique » automatiquement transposable. Comme repère de marché, une restitution sous 7 à 10 jours après le départ est souvent observée lorsqu'aucun problème n'est constaté, tout en tenant compte des délais de virement de 24 à 72 h (jours ouvrés). Recommandation : conservez une trace de la date de départ et du premier message de réclamation, car c'est votre chronologie de référence.

Canal / modeCe que cela impliqueRepère de délai / action
AirbnbCaution décrite comme « virtuelle »: argent non prélevé ni bloqué selon les paramètres. Réclamation encadrée avec preuves.Réclamation via Centre de résolution sous 14 jours après départ (ou avant la prochaine réservation si plus proche).
BookingBooking ne gère pas la caution: dépôt collecté et restitué par l'hébergeur (empreinte CB, chèque, espèces).Contestation directement auprès du propriétaire, puis voies amiables ou judiciaires.
VirementTraçabilité forte (relevés, libellés, dates), mais délai bancaire.Virement sous 24 à 72 h ouvrées.

Sans état des lieux, quelles preuves utiliser pour contester ?

Sans document contradictoire d'entrée et de sortie, la « bataille » se joue sur la charge de la preuve et la qualité des pièces. Je vous recommande de constituer un dossier simple, lisible, daté. Anecdote professionnelle : il m'est arrivé de voir un litige se débloquer uniquement parce qu'un locataire avait envoyé, le jour de l'arrivée, un e-mail récapitulatif avec photos jointes, ce qui a figé une version des faits difficile à contester.

  • Preuves fortes : photos et vidéos datées, échanges écrits, devis et factures, constat.
  • Preuves utiles mais discutables : témoignages, inventaire approximatif, état des lieux d'un locataire précédent (valeur probante relative).
  • Traçabilité : horodatage, métadonnées, sauvegarde cloud, et envoi d'un e-mail à vous-même avec pièces jointes.

En pratique, reliez chaque euro retenu à un dommage précis, chiffré et attribuable. Si le propriétaire invoque une distance, par exemple « je suis à 120 km donc pas d'état des lieux », gardez en tête que ce n'est pas une preuve. La preuve se construit autrement, par images, écrits et justificatifs.

Motifs de retenue admis et limites : ce que vous pouvez contester

Une retenue est généralement admise en présence de dégradations anormales (meubles cassés, vaisselle manquante, murs abîmés), d'un logement rendu très sale, ou de prestations impayées prévues au contrat (ménage, linge, taxe de séjour). À l'inverse, méfiez-vous des retenues forfaitaires non documentées : l'exigence de justification (factures, devis, photos, constat) et la proportionnalité restent vos arguments centraux. Ne pas confondre usure normale et dégradation : une retenue devrait tenir compte d'une logique de vétusté, surtout si l'objet est réparable ou déjà marqué.

« Sans état des lieux, votre objectif n'est pas de convaincre par l'indignation, mais par un dossier: chronologie, photos datées, demandes de justificatifs, et chiffrage poste par poste. » Thomas Botros

La procédure de récupération : du message amiable au juge

Procédez par paliers. D'abord, un message courtois qui « fige » la situation : rappelez qu'aucun état des lieux n'a été réalisé, joignez vos photos datées, et demandez la confirmation écrite qu'aucune dégradation n'est constatée, avec un délai cible de 7 à 10 jours pour la restitution. Si une retenue tombe sans justificatifs, demandez le détail poste par poste (montant, date, preuve) et rappelez que la retenue doit être justifiée et proportionnée.

Si l'amiable n'aboutit pas, passez à la mise en demeure par courrier recommandé avec accusé de réception : exposez clairement les raisons, le montant réclamé (total ou partiel), le délai de restitution demandé, et joignez vos justificatifs (photos, échanges, preuve de paiement). Le cas échéant, sollicitez une étape de conciliation ou médiation, notamment via la commission départementale de conciliation, avec un dossier complet (contrat, mise en demeure, photos, devis ou factures communiqués).

En dernier recours, vous pouvez saisir le juge des contentieux de la protection. Les sources mentionnent aussi le tribunal d'instance : l'idée à retenir est de vous orienter vers la juridiction compétente selon l'organisation et le montant. Préparez un dossier « prêt à plaider » : contrat et clause de dépôt de garantie, preuves d'entrée et de sortie, échanges, et justificatifs invoqués par le propriétaire. En cas de désaccord sérieux sur l'état du logement, un commissaire de justice (anciennement huissier) peut établir un constat, avec des frais indiqués comme partagés par moitié en cas de désaccord sur l'état des lieux ou la date. Recommandation : ce type de frais se discute surtout si l'enjeu financier est élevé, par exemple lorsqu'une retenue de 2 k est brandie sans preuve solide, ou en cas de litige sur le reversement des loyers au propriétaire.

À propos de l'auteur

Thomas Botros

Thomas Botros

Je suis Thomas Botros, spécialiste des questions immobilières, locatives et assurantielles, avec une approche juridique accessible. Je vous aide à clarifier les notions, sécuriser vos démarches et limiter les risques, en privilégiant des explications structurées, prudentes et orientées solutions.