Droit d'usage et d'habitation, usufruit et entrée en maison de retraite : ce qui change vraiment pour le logement familial

Au sommaire
- IL'article résumé en quelques points
- IIQu'est-ce qu'un DHU, un usufruit et une nue-propriété, et qui décide quoi dans la famille ?
- IIILe placement en maison de retraite met-il fin au DHU ou à l'usufruit ?
- IVAprès le départ en EHPAD, que peut-on faire du logement : occuper, laisser vacant, louer ?
- VCharges, travaux, taxes locales : qui paie lorsque le logement n'est plus occupé ?
- VIVendre le bien : pourquoi l'accord croisé est souvent indispensable
- VIILes démarches prioritaires dans les 30 premiers jours : sécuriser le logement et la capacité à agir
- VIIISi votre parent ne peut plus consentir : procuration, habilitation familiale, tutelle
- IXFiscalité du départ en EHPAD : plus-value, taxes locales, réduction d'impôt sur l'hébergement
- XFinancer l'EHPAD : arbitrer entre vente, location, démembrement, viager, sans fragiliser les aides
- XISi un enfant occupe le logement : prévenir les conflits et l'indemnité d'occupation
- XIITextes et interlocuteurs à mobiliser pour vérifier et agir
Quand un parent entre en maison de retraite ou en EHPAD (établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes), le logement familial ne « change pas de statut » par lui-même : les droits réels (usufruit, droit d'usage et d'habitation) ne s'éteignent pas automatiquement. En revanche, votre marge de manoeuvre concrète dépend du droit détenu, des clauses de l'acte (donation, succession, convention) et, très souvent, de la capacité du parent à consentir et signer.
L'article résumé en quelques points
- L'entrée en EHPAD ne met pas fin automatiquement à l'usufruit ni au droit d'usage et d'habitation (DHU) : l'extinction résulte surtout du décès, d'une renonciation ou de conditions prévues dans l'acte, et l'usufruit peut aussi s'éteindre par non-usage au bout de 30 ans (Code civil, art. 617).
- Usufruit et DHU ne se gèrent pas pareil : l'usufruitier peut habiter, laisser vacant ou louer et percevoir des loyers, alors que le DHU est en principe un droit d'occupation, généralement personnel, et ne donne pas la même faculté de location ni de perception des loyers.
- Vendre impose souvent un double accord en démembrement : nu-propriétaire et usufruitier doivent consentir, un nu-propriétaire ne peut pas décider seul.
- Deux repères fiscaux structurants : pour une vente, l'exonération de plus-value peut dépendre d'un délai indicatif d'environ 1 an (tolérance administrative) ou d'un cadre spécifique « EHPAD » avec vente dans les 2 ans et conditions (dont RFR 27 947 euros pour des cessions 2024 et absence d'IFI l'avant-dernière année), et les dépenses d'hébergement peuvent ouvrir droit à une réduction d'impôt de 25 % dans la limite de 10 000 euros (CGI, art. 199 quindecies).
Qu'est-ce qu'un DHU, un usufruit et une nue-propriété, et qui décide quoi dans la famille ?
Avant de choisir entre vendre, louer, laisser vacant ou faire occuper le logement par un proche, vous devez identifier le droit réel en présence. Le point de départ n'est pas l'émotionnel, mais le documentaire : titre de propriété, acte de donation ou de succession, et le cas échéant convention de démembrement, car ce sont eux qui fixent l'étendue du droit et les clauses particulières. Le droit applicable au droit d'usage et d'habitation est rattaché au Code de la construction et de l'habitation (CCH, art. L.253-1 et s.), ce qui justifie une lecture attentive de l'acte constitutif.
Droit d'usage et d'habitation (DHU) : définition. Il s'agit d'un droit d'occuper un logement et, selon les cas, d'y héberger sa famille. La limite pratique essentielle, qui explique de nombreuses incompréhensions en famille, est que ce droit ne se confond pas avec l'usufruit : il n'emporte pas, par principe, la faculté de louer librement et d'en percevoir les loyers, sauf stipulation particulière.
Usufruit : définition. L'usufruit confère une jouissance plus large : l'usufruitier peut habiter le logement, le laisser vacant ou le louer et percevoir les loyers. Cette différence, très opérationnelle, conditionne l'équilibre financier pendant l'entrée en établissement, lorsque la famille envisage de « faire payer l'EHPAD par le bien ».
Nue-propriété : définition. Le nu-propriétaire détient la propriété « dépouillée » de l'usage immédiat. Avec un usufruit ou un DHU, on parle de démembrement de propriété : les droits sont répartis entre plusieurs titulaires, ce qui rend certaines décisions impossibles sans accord croisé.
Qui décide ? En pratique, la personne qui détient le DHU ou l'usufruit décide de l'usage conforme à son droit, tandis que le ou les nu-propriétaires ont un droit de regard sur les actes qui affectent la substance du bien, en particulier la vente et certains baux. Si le bien est en indivision (plusieurs propriétaires ensemble), la question devient encore plus sensible : un occupant peut se retrouver « sans titre » si rien n'a été formalisé, avec des conséquences pécuniaires possibles.
Deux notions périphériques, souvent confondues, méritent d'être posées avec prudence car elles interfèrent avec la fiscalité locale et certaines démarches : résidence principale, domicile fiscal et notion de séjour principal au-delà de 6 mois par an. Le logement familial peut rester juridiquement détenu et pourtant ne plus être le lieu de vie principal du parent après l'entrée en EHPAD. En cas de doute, vous gagnez du temps en posant une qualification factuelle : qui occupe, depuis quand, et pour quelle durée annuelle, notamment si un enfant occupe le logement.

Le placement en maison de retraite met-il fin au DHU ou à l'usufruit ?
La question revient systématiquement, souvent sur fond d'urgence financière. La règle, rassurante, est la suivante : l'entrée en maison de retraite ou en EHPAD n'entraîne pas, à elle seule, la disparition du droit. Le principe est posé pour l'usufruit, et doit être transposé avec méthode au DHU en rappelant ses limites : le fait de ne plus habiter n'est pas une renonciation automatique. Concrètement, habiter la maison d'un parent en EHPAD ou laisser un logement inoccupé reste possible tout en restant grevé d'un usufruit ou d'un DHU, ce qui bloque certaines options si vous n'anticipez pas.
Il existe toutefois des causes d'extinction ou de fragilisation qu'il faut connaître, car elles changent l'équilibre patrimonial et la capacité d'action. La première est évidente : le décès du titulaire. La deuxième est la renonciation, qui doit être sécurisée et formalisée. La troisième tient aux conditions prévues dans l'acte : certains droits sont strictement personnels et non cessibles, en particulier le DHU selon sa rédaction. Enfin, l'usufruit peut s'éteindre par non-usage au bout de 30 ans, conformément à l'article 617 du Code civil. Ce délai est long, mais il structure la compréhension des situations où le bien est abandonné, laissé vacant durablement, ou géré de façon informelle.
Une distinction pratique mérite votre attention : le DHU est fréquemment pensé comme un droit « intuitu personae », donc attaché à la personne, alors que l'usufruit est en principe cessible, sous réserve des clauses contraires. Ce n'est pas une subtilité théorique : si la famille envisage une cession, une mise en location ou une réorganisation, vous devez vérifier la cessibilité dans l'acte, au lieu de raisonner sur des habitudes.
En pratique, je recommande une vérification en deux étapes. D'abord, relisez l'acte pour identifier les mots-clefs : « droit d'usage et d'habitation », « usufruit », « jouissance », « faculté de louer », « clause particulière ». Ensuite, interrogez la logique patrimoniale : le parent conserve-t-il un droit d'occuper seulement, ou un droit de tirer des revenus ? Ce diagnostic simple évite des conflits familiaux et des démarches inutiles.
Après le départ en EHPAD, que peut-on faire du logement : occuper, laisser vacant, louer ?
Une fois le droit identifié, la question devient opérationnelle. L'objectif n'est pas de « faire au mieux », mais de faire conforme et documenté, afin de préserver la valeur du bien et de limiter les contestations. Je distingue trois scénarios, qui ne se traitent pas de la même manière : occupation par le titulaire ou un proche, vacance, location.
Si le titulaire est usufruitier, la latitude est plus large : il peut occuper, laisser vacant ou louer et percevoir les loyers. Le point de vigilance, lorsqu'un bail est envisagé, tient à la durée : il est possible de conclure des baux, mais un accord du nu-propriétaire est un point d'attention au-delà de 9 ans. C'est un repère simple à retenir, car il conditionne la stratégie si vous avez besoin d'un bail long ou d'une visibilité locative étendue.
Si le titulaire dispose d'un DHU, la logique n'est pas celle de la location-revenu. Le DHU autorise d'abord une occupation, et souvent l'hébergement de la famille, mais il ne donne pas automatiquement la faculté de louer ni d'encaisser des loyers. Je vous conseille donc de ne pas « projeter » sur le DHU les réflexes de l'usufruit. Si une location est envisagée, la question n'est pas « est-ce rentable ? », mais « est-ce autorisé par l'acte ? ». À défaut, la famille s'expose à un blocage et à un contentieux interne.
Le cas de l'enfant qui veut occuper est le plus sensible. Ce n'est pas automatique. Tout dépend du droit détenu et de la rédaction de l'acte. Même lorsqu'une occupation est possible, l'absence d'écrit est un facteur de risque : incompréhension entre frères et soeurs, suspicion d'avantage, et difficulté à prouver ce qui a été convenu. Je le dis souvent de manière très pragmatique : un accord familial verbal est fragile au premier désaccord sur les charges, les travaux ou la vente.
Je garde en mémoire une situation typique : un enfant s'installe dans la maison « en attendant », le temps que la famille se retourne. Quelques mois plus tard, la question de la vente arrive, et chacun a une lecture différente du deal initial. Le simple fait de formaliser une durée, une répartition des charges et une modalité de sortie aurait diminué la tension. Vous n'avez pas besoin d'un dispositif complexe, mais d'un écrit cohérent avec le droit réel en place.
Charges, travaux, taxes locales : qui paie lorsque le logement n'est plus occupé ?
Quand un logement se vide, les coûts, eux, ne disparaissent pas. La répartition des charges devient vite un terrain de conflit, surtout si l'un des enfants « gère » et l'autre « paie » ou conteste. Le socle à retenir est double : d'une part, il existe une obligation d'entretien et de conservation et une exigence de jouissance raisonnable du bien, d'autre part la répartition peut être modifiée par une clause spécifique.
En matière d'usufruit, un principe utile est que l'usufruitier s'acquitte des charges et impôts locaux, sauf clause contraire. Le réflexe normatif est donc simple : avant de répartir entre enfants, cherchez la clause, puis appliquez-la. En cas de manquement, le nu-propriétaire peut agir. Le plan évoque une saisine de juridiction (terminologie historiquement « Tribunal de grande instance »), l'idée à conserver étant qu'un recours judiciaire existe si l'un des titulaires ne respecte pas ses obligations de conservation.
Sur les taxes locales, les textes à connaître sont : CGI 1414 B pour la taxe d'habitation, CGI 1391 B et CGI 1391 B bis pour la taxe foncière. L'enjeu n'est pas de réciter les articles, mais de qualifier correctement la situation du logement (résidence principale, secondaire, vacant, loué) et de la déclarer de façon cohérente. Une mention chiffrée figure dans les dispositifs possibles : un dégrèvement de 100 euros dans certaines situations, avec une prudence indispensable car l'application dépend des conditions et, le cas échéant, de paramètres locaux.
Recommandation opérationnelle : si vous êtes plusieurs enfants, organisez une traçabilité minimale. Qui avance les taxes ? Qui paie l'assurance ? Qui décide d'un devis ? Sans trace, le désaccord n'est pas une question de bonne foi, mais une conséquence mécanique de l'absence de preuve.
Vendre le bien : pourquoi l'accord croisé est souvent indispensable
La vente est fréquemment envisagée pour financer l'hébergement, alléger la gestion ou éviter un logement vacant. Juridiquement, la difficulté principale apparaît en cas de démembrement. La règle est nette : la vente peut intervenir uniquement si nu-propriétaire et usufruitier donnent leur accord. Un nu-propriétaire ne peut en aucun cas décider seul. C'est la source la plus fréquente de blocage, car la famille raisonne comme si le bien appartenait à « tout le monde », alors qu'il est réparti entre droits distincts.
Si un DHU est en place, la première question n'est pas « qui veut vendre ? », mais « qui signe ? ». Vous devez vérifier qui est propriétaire, qui détient un droit réel, et si le titulaire du DHU doit consentir ou s'il existe une clause aménageant les pouvoirs. En présence d'une indivision, l'occupation par un proche sans cadre écrit peut nourrir un conflit, et l'on rencontre alors des demandes d'indemnité d'occupation lorsque la jouissance est privative.
Lorsque la vente est impossible à court terme, il reste des alternatives mentionnées dans le corpus : mise en location, viager, vente de nue-propriété, cession temporaire d'usufruit. Je vous recommande de les traiter comme des « plans B » à analyser avec un notaire, car leur faisabilité dépend du droit en place et des clauses. Le point important, ici, est de ne pas rester bloqué par un refus initial : votre champ des possibles est souvent plus large que la simple vente en pleine propriété, à condition de sécuriser l'accord familial et la conformité juridique.
Les démarches prioritaires dans les 30 premiers jours : sécuriser le logement et la capacité à agir
La période juste après l'entrée en EHPAD concentre les risques : logement laissé sans assurance adaptée, déclarations fiscales incohérentes, proches qui agissent sans procuration, documents introuvables au moment où le notaire ou l'administration les demande. En pratique, vous gagnez à vous imposer un calendrier court, non pour « tout régler », mais pour éviter de perdre des droits ou de créer des contradictions difficiles à rattraper.
- Mettre à jour la situation d'occupation sur impots.gouv (déclaration d'occupation) et vérifier les impacts sur taxe d'habitation, taxe foncière et IFI.
- Informer les bons interlocuteurs selon le cas : caisse de retraite, CAF, mutuelle, mairie (listes et aides locales), assureur habitation (notamment si logement vacant), syndic.
- Constituer un dossier documentaire prêt à produire : titre de propriété, acte de donation ou de succession, convention de démembrement, dernier avis d'imposition, justificatif d'entrée en EHPAD, état civil, procurations.
- Documenter le scénario retenu (vacant, loué, occupé par un proche) car il entraîne des effets fiscaux et patrimoniaux différents et doit rester cohérent dans le temps.
Je conseille également d'intégrer un contrôle très simple : qui détient les clés, qui a accès aux compteurs, qui peut échanger avec l'assureur et le syndic. Ce n'est pas un détail logistique, c'est une condition de maîtrise du risque (dégât des eaux, sinistre, responsabilité) et un préalable si vous envisagez une mise en vente ou une location.
Si votre parent ne peut plus consentir : procuration, habilitation familiale, tutelle
Un point délicat, mais fréquent, est celui de la capacité à signer. L'altération des facultés mentales n'efface pas les droits, mais elle peut rendre la signature impossible, ce qui bloque une vente ou un bail même si tout le monde est d'accord. La démarche à privilégier dépend du moment et du degré d'altération.
Si la lucidité est suffisante, une procuration peut permettre de gérer les actes courants. Le corpus mentionne aussi le mandat de protection future comme recommandation, car il anticipe une perte de capacité. Si la situation est déjà dégradée, l'habilitation familiale ou une mesure de tutelle ou de curatelle peut être nécessaire. Dans ce cas, certains actes, notamment la vente ou la signature d'un bail, peuvent relever d'une autorisation du juge des tutelles, selon leur nature.
Sur le terrain, le risque est de confondre « accord familial » et « capacité juridique ». Même si tous les enfants sont alignés, il faut un signataire valable. En cas de doute, je vous recommande une approche prudente : faites valider par le notaire la liste des actes que vous pouvez accomplir immédiatement, et ceux qui nécessitent une autorisation. Cette validation, en amont, évite un calendrier qui s'effondre au moment de signer.
Un autre point d'organisation est la préparation des pièces : demande d'autorisation de vente, demande d'autorisation de signature d'un bail, et les justificatifs standard. Vous n'avez pas besoin d'un formalisme excessif, mais vous devez être en mesure d'exposer clairement les raisons (financement de l'EHPAD, absence d'occupation, maintien du patrimoine) et de joindre les justificatifs pertinents.
« La bonne stratégie n'est pas celle qui paraît la plus simple en famille, c'est celle qui reste signable et prouvable quand l'administration, le notaire ou le juge demandent des pièces. »
Fiscalité du départ en EHPAD : plus-value, taxes locales, réduction d'impôt sur l'hébergement
La fiscalité est l'autre axe de décision, car elle peut rendre une vente urgente ou, au contraire, justifier une attente. Je vous propose de raisonner autour de trois blocs : la plus-value immobilière, les taxes locales et la réduction d'impôt liée à l'hébergement.
Plus-value immobilière : comment préserver l'exonération liée à l'ancienne résidence principale ?
Deux voies d'exonération sont à avoir en tête, avec des repères de délai. D'abord, l'exonération au titre de la résidence principale (CGI 150 U II-1°), dont l'appréciation est indiquée « au cas par cas » par l'administration. Ensuite, une exonération spécifique lorsque le vendeur est accueilli en établissement (CGI 150 U II-1 ter), qui impose des conditions cumulatives.
Le corpus mentionne une tolérance administrative liée à la mise en vente, avec la notion de « délai normal » et un repère pratique d'environ 1 an, sous réserve de ne pas louer ni faire occuper le logement. Ce point est déterminant : faire occuper par un proche ou louer peut interférer avec les conditions, ce qui doit vous amener à arbitrer en amont entre revenu immédiat et sécurisation de l'exonération.
Pour le dispositif spécifique « EHPAD » (CGI 150 U II-1 ter), les conditions citées sont structurantes :
- la vente doit intervenir dans les 2 ans suivant l'accueil en établissement,
- le logement ne doit pas être occupé depuis le départ (sauf membres du foyer),
- des conditions de revenus et de patrimoine sont mentionnées, dont un seuil de RFR 27 947 euros (valeur fournie pour des cessions 2024) et l'absence d'IFI l'avant-dernière année.
Pour un lecteur de niveau intermédiaire, il est utile d'avoir un repère de source : les commentaires administratifs de type BOI-RFPI-PVI sont cités comme guides, sans que vous ayez besoin d'entrer dans une technicité excessive. En pratique, je vous recommande d'acter votre stratégie par écrit (note familiale, mail au notaire) en rappelant la date d'entrée en établissement et la date de mise en vente, afin de garder une chronologie défendable.
Taxes locales et déclaration d'occupation : qualifier correctement le logement
Après le départ en EHPAD, l'erreur la plus courante est la discordance : un logement déclaré vacant ici, mais présenté comme occupé là; un changement de situation non répercuté; ou une confusion entre « résidence principale » et « domicile fiscal ». Les textes cités pour la taxe d'habitation (CGI 1414 B) et la taxe foncière (CGI 1391 B, CGI 1391 B bis) doivent vous inciter à vérifier les conditions applicables à votre cas, en particulier selon la commune et la situation de la personne.
Le repère « plus de 6 mois par an » est un point factuel utile pour parler de séjour principal. Même si la réalité peut être nuancée, il vous aide à éviter des déclarations incohérentes. Le cas échéant, si vous sollicitez un aménagement ou un dégrèvement, gardez une approche probatoire : dates d'entrée en EHPAD, justificatifs, et cohérence entre les déclarations et la situation réelle.
Réduction d'impôt sur les dépenses d'hébergement
Le départ en établissement peut aussi ouvrir un avantage fiscal direct souvent sous-estimé : la réduction d'impôt prévue par l'article 199 quindecies du CGI. Les repères chiffrés fournis sont les suivants : 25 % des dépenses éligibles, dans la limite annuelle de 10 000 euros, après déduction des aides (dont l'APA, allocation personnalisée d'autonomie).
Concrètement, le mécanisme est simple : vous partez des dépenses nettes retenues et vous appliquez 25 %. Pour sécuriser, vous conservez les pièces justificatives : factures de l'EHPAD, attestations et éléments relatifs aux aides. Un repère de doctrine administrative est cité (BOI-IR-RICI), utile si vous devez vérifier un point précis ou répondre à une demande de l'administration.
Financer l'EHPAD : arbitrer entre vente, location, démembrement, viager, sans fragiliser les aides
Le logement devient souvent le principal levier de financement, mais vous devez raisonner à deux niveaux : trésorerie à court terme et cohérence patrimoniale. Le corpus rappelle aussi que certaines aides sociales, notamment l'APA et l'ASH, ne répondent pas à la même logique. L'important est de comprendre que l'occupation gratuite par un enfant peut être perçue comme un avantage indirect et nourrir des tensions, y compris dans l'analyse sociale. En cas de doute, une validation auprès du département ou du CCAS (centre communal d'action sociale) est recommandée lorsqu'il est question d'ASH, car des règles de récupération peuvent exister.
Pour vous aider à choisir, je vous propose un tableau synthétique centré sur les repères réellement décisionnels : qui doit consentir, quel impact fiscal immédiat, et quels points de vigilance quand un proche occupe.
| Option | Qui peut décider / signer (repère) | Repères fiscaux mentionnés | Points de vigilance si proche occupant |
|---|---|---|---|
| Vente | En démembrement: accord usufruitier + nu-propriétaire. Un nu-propriétaire ne peut pas décider seul. | Plus-value: cadre résidence principale (CGI 150 U II-1°) et tolérance « délai normal » avec repère 1 an sous conditions. Cadre EHPAD (CGI 150 U II-1 ter): vente dans les 2 ans + conditions dont RFR 27 947 euros et absence d'IFI l'avant-dernière année. | Occupation (hors membres du foyer) peut interférer avec l'exonération spécifique et augmenter les contestations familiales. |
| Location | En principe l'usufruitier peut louer et percevoir les loyers. Attention à l'accord du nu-propriétaire au-delà de 9 ans. DHU: location et loyers non automatiques, dépend de l'acte. | Loyers imposables (qualification selon le cas). Attention au maintien des conditions d'exonération de plus-value si le bien était l'ancienne résidence principale. | Un bail familial mal cadré peut être requalifié ou contesté, et la traçabilité des paiements devient essentielle. |
| Vente en nue-propriété | Organisation à sécuriser chez le notaire. Le parent conserve un droit (souvent usufruit ou DHU) selon la structuration. | Pas de repère d'impôt chiffré donné ici, mais point notable: reconstitution de la pleine propriété sans nouvel impôt lié à la reconstitution à l'issue du démembrement. | Risque de tensions entre héritiers réservataires, nécessité d'information et de cohérence des flux. |
| Viager | Contrat à structurer (bouquet + rente) et clauses à vérifier, y compris la compatibilité avec le départ en EHPAD. | Pas de repères chiffrés fiscaux fournis, mais présence d'un aléa et de frais à anticiper. | Si le logement est occupé ou non, les clauses priment. À cadrer pour éviter les incompréhensions familiales. |
Recommandation opérationnelle : choisissez une option, puis vérifiez sa « signabilité ». Qui est titulaire du droit ? Qui doit consentir ? La réponse doit être documentée avant de lancer une mise en vente, une mise en location ou une négociation de viager. C'est généralement le notaire qui sécurise le périmètre, mais vous devez arriver avec vos pièces et une chronologie claire.
Si un enfant occupe le logement : prévenir les conflits et l'indemnité d'occupation
L'occupation par un enfant est souvent vécue comme une solution temporaire. Juridiquement, elle peut devenir un point de rupture si elle n'est pas qualifiée et formalisée. Trois situations sont mentionnées comme sources de requalification et de contestation : occupation sans titre, occupation gratuite, location à prix minoré. L'enjeu n'est pas seulement familial, il est aussi patrimonial (succession) et potentiellement social (aides).
En indivision, l'article 815-9 alinéa 2 du Code civil est un repère central : il ouvre la voie à une indemnité d'occupation lorsque l'un des indivisaires jouit privativement du bien. Les éléments qui comptent alors sont la jouissance privative, la durée et la valeur locative. Autrement dit, même si l'intention initiale est d'aider, l'absence de cadre peut se retourner contre celui qui occupe comme contre ceux qui laissent faire.
Je recommande une formalisation simple, adaptée à votre situation : une convention d'occupation ou un bail familial, avec des clauses de durée, de résiliation, et une règle de paiement (loyer ou indemnité) si la famille souhaite rééquilibrer. L'objectif n'est pas de judiciariser la relation, mais de rendre la situation lisible pour tous, y compris pour le notaire lors du règlement de la succession. Ajoutez une clause de transparence familiale : information aux autres héritiers, preuve des paiements, et traçabilité. C'est souvent cette clause qui désamorce les soupçons.
Lorsque la famille est divisée, il peut être pertinent de traiter d'abord la preuve, ensuite la décision. Conservez les échanges, les dates d'occupation, et, si des sommes sont versées, la justification et le libellé. En cas de désaccord persistant, une solution amiable ou une médiation peut être envisagée, l'action judiciaire étant un dernier recours.
Textes et interlocuteurs à mobiliser pour vérifier et agir
Pour avancer sans approximations, vous avez intérêt à vous appuyer sur des textes repères et des interlocuteurs clairement identifiés. Les textes cités dans le corpus forment une base de vérification : CCH L.253-1 et suivants (DHU), Code civil 617 (extinction de l'usufruit, dont non-usage de 30 ans), Code civil 815-9 alinéa 2 (indemnité d'occupation en indivision), CGI 150 U II-1° et CGI 150 U II-1 ter (plus-value), CGI 1414 B, CGI 1391 B, CGI 1391 B bis (taxes locales), CGI 199 quindecies (réduction d'impôt EHPAD), CGI 764 (forfait mobilier 5 %), CGI 796-0 ter (exonération frères et soeurs sous condition de domicile commun pendant 5 ans). Les références de doctrine administrative mentionnées (BOI-RFPI-PVI, BOI-IR-RICI, BOI-ENR) servent de points d'appui en cas de question d'application.
Côté interlocuteurs, vous aurez généralement besoin d'un notaire (actes, vente, démembrement), parfois d'un avocat si le conflit s'installe, du service des impôts pour sécuriser une qualification ou une exonération, du CCAS ou du département sur l'ASH, du juge des tutelles en cas de mesure de protection, mais aussi du syndic et de l'assureur si le logement devient vacant ou est mis en location.
Ma recommandation finale, très pragmatique, est de ne jamais décider à partir d'un seul document isolé. Croisez toujours l'acte (donation, succession, convention), la situation d'occupation réelle, et la capacité juridique du parent à consentir. C'est ce triptyque qui détermine ce que vous pouvez faire, dans quel délai, et avec quel niveau de risque.



